Libération 16 décembre : A gauche, Jean-Yves Le Drian, cumulard de luxe

Publié le par Jean-Luc Touly

Les socialistes d’en bas l’ont mauvaise. Eux qui sont en train de faire leurs cartons dans les conseils régionaux perdus par la gauche et qui ne seront recasés nulle part après la défaite goûtent assez peu «l’exception Le Drian», socialiste de tout en haut devenu le premier ministre cumulard officiel du quinquennat Hollande au soir du deuxième tour. Le ministre de la Défense, réélu président de la région Bretagne, est dans une «situation très particulière», a justifié Ségolène Royal, qui fut l’une des toutes premières à s’appliquer le non-cumul que l’ancienne présidente de Poitou-Charentes défend pourtant comme «un élémentaire moral». Certes, la France est en état d’urgence, en guerre en Syrie et sous la menace de nouveaux attentats, ce qui ne plaide pas pour un jeu de chaises musicales à la tête des ministères régaliens. Certes, Jean-Yves Le Drian a joué franc jeu, prévenant ses électeurs qu’il cumulerait les deux jobs et ils ne lui en ont absolument pas tenu rigueur dimanche. Dans cette Bretagne où les fédérations PS sont devenues au fil des ans des parangons de vertu éthique appliquant le non-cumul intégral, les socialistes lui ont même offert le meilleur score du deuxième tour, dépassant les 51% des suffrages dans une triangulaire. L’ami de trente ans de Hollande se paie même le luxe d’être mieux élu qu’en 2010 dans un contexte de ressac de la gauche… Poussant son avantage, Le Drian dit désormais qu’il ne sera «pas ministre de la Défense à mi-temps» ce qui revient à déléguer à plein temps la présidence de la Bretagne à son équipe alors qu’il s’était refusé, contre toute évidence, à envisager cette hypothèse pendant la campagne.

Cerise amère sur le gâteau, les nouveaux présidents de région de droite se comportent globalement bien mieux que la gauche et abandonnent leurs mandats de députés. Ce que Carole Delga et Alain Rousset n’ont pas l’intention de faire, histoire d’épargner à la majorité deux législatives partielles délicates. Ne pas respecter la promesse fondatrice de la«République exemplaire» de Hollande sur le non-cumul à l’heure où l’exécutif assure avoir entendu le message des électeurs lassés des promesses non tenues ressemble au bas mot à un abus de position dominante. Au pire à un mépris.

Laure Bretton

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