Le Figarovox 12 février : Remaniement : le coup fatal de François Hollande aux «écologistes»

Publié le par Jean-Luc Touly

Le Figarovox 12 février : Remaniement : le coup fatal de François Hollande aux «écologistes»

FIGAROVOX/ENTRETIEN - François Hollande a fait entrer trois écologistes aux gouvernement. Pour l'ancien militant EELV Jean-Luc Touly, les écolos s'acheminent vers l'implosion de leur parti.

Jean-Luc Touly a écrit L'Argent noir des syndicats, avec Roger Lenglet et Christophe Mongermont, (Fayard, 2008),Europe Ecologie, miracle ou mirage (First, 2010 avec Roger Lenglet), Syndicats - Corruption, dérives, trahisonsavec Roger Lenglet, (éditions First, 2013), et Les recasés de la république (First 2015) avec Roger Lenglet. Il a été conseiller régional d'Ile-de-France EELV de mars 2010 à juillet 2015. Il préside actuellement l'association le FRICC Front Républicain d'Intervention Contre la Corruption.

LE FIGARO. - Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé et Barabara Pompili ont respectivement été nommés ministre du Logement, secrétaire d'Etat à la Réforme de l'Etat et secrétaire d'Etat à la biodiversité. Des écolos au gouvernement: que cela vous inspire-t-il?

Je ressens de l'écœurement. Emmanuelle Cosse est numéro un d'EELV, et a pris une décision totalement personnelle, allant à l'encontre de la position de son propre parti. Placé était déjà parti d'EELV pour former un autre groupe, et ne rêvait que d'une chose, être ministre. François Hollande a fait entrer trois écologistes pour des raisons purement tacticiennes. Ses pratiques étaient éminemment critiquables pour quelqu'un dont le parti prône dans ses statuts le non cumul des mandats: il a été vice-président de région, puis conseiller régional en même temps qu'il était sénateur! Il entretenait de surprenants bons rapports avec les grandes entreprises. Il faisait la pluie et le beau temps à EELV, ayant acquis une place de premier plan très rapidement au sein du parti. Barbara Pompili, de même, a fait preuve d'arrivisme et d'un comportement d'apparatchik ambitieux.

Emmanuelle Cosse est la prise de guerre, le trophée de François Hollande. Mais électoralement, elle ne lui sera pas bénéfique. Pendant la campagne des régionales, elle avait pour directeur de campagne l'ancien directeur de communication de Veolia...

L'ambition de ces nouveaux ministres est totalement personnelle et ne sert en rien le parti.

Nicolas Hulot, écologiste convaincu qui refuse les manœuvres politiciennes, a préféré renoncer à un maroquin ministériel plutôt que d'appliquer une politique allant à l'encontre de ses convictions. L'ambition de ces nouveaux ministres est totalement personnelle et ne sert en rien le parti. Quant aux déçus de gauche, leur choix se portera sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon, pas sur les écologistes.

Certains arguent que cette entrée massive d'écologistes au gouvernement ne peut que renforcer le poids de l'écologie dans l'action gouvernementale…

Je n'y crois pas du tout. A quatorze mois des présidentielles, il est impossible de faire croire à quiconque que l'on pourra infléchir la ligne présidentielle.

Pour moi qui suis un militant anti-corruption, qui souhaite le retour de l'éthique en politique, ce remaniement est foncièrement cynique. Même si Hollande propose un référendum sur Notre-Dame des Landes, concession fait au Parti socialiste, au sujet du nucléaire, de la pollution des eaux, de l'agriculture intensive… la politique gouvernementale ne ressemble en rien à celle promue par les écologistes.

Quel message envoyer aux écologistes opposés à la construction de l'aéroport de Notre-Dame des Landes quand on nomme premier ministre le Nantais Jean-Marc Ayrault?

Aux élections européennes de 2009, EELV avait réuni 16% des suffrages. Il est tombé à 2% à la présidentielle de 2012, et aux départementales de 2015. Le parti a-t-il encore un avenir?

François Hollande a administré un coup fatal à Europe Ecologie-Les Verts. Celui-ci s'achemine tout doucement vers une implosion qui me paraît difficilement évitable. Je reçois des messages de dizaines de militants dégoûtés par l'attitude des hauts placés d'EELV. Le marchandage de petits boutiquiers opéré par Cécile Duflot quand elle était ministre du Logement en a dégoûté plus d'un quant à la sincérité du parti sur les valeurs écologistes. Quand j'étais conseiller régional, les pratiques de certains élus EELV (embauche de proches dans divers organismes publics proches du conseil régional) m'ont dégoûté. Il y a plus de carriéristes que de personnes qui souhaitent défendre de véritables valeurs politiques!

La pseudo-République exemplaire prônée par François Hollande est une vaste fumisterie.

Ce qui s'est passé hier ne peut que plomber un peu plus le parti. La gauche est dans un état de déliquescence totale. Le poids du Front national n'en sera que raffermi. Les pratiques de ce gouvernement qui recase ses anciens serviteurs, qui au Conseil constitutionnel, qui dans une autorité de régulation, avant la débâcle de 2017, sont un scandale. La pseudo-République exemplaire prônée par François Hollande est une vaste fumisterie.

L'écologie est-elle encore un thème dont la défense doit faire l'objet d'un parti? N'est-elle pas devenue un thème politique transversal, commun à tous les partis politiques?

En effet, j'ai parfois côtoyé des militants dans divers partis politiques parfois plus écologistes que certains à EELV. Le parti Les Verts, né en 1984, a le mérite d'avoir fait émerger la question écologique et de l'avoir popularisée dans tous les partis. Aujourd'hui, elle n'est plus un thème catalogué à gauche ou à droite.

Je ne souhaite pas la mort du parti EELV, mais force est de constater qu'ils la provoquent eux-mêmes. Peut-on redresser un parti arrivé à un tel état de délabrement? L'écologie peut être défendue par des gens aussi différents que Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Hulot, Corinne Lepage ou Chantal Jouanno - dont je ne partage pas toutes les convictions UDI mais qui a le mérite d'avoir travaillé sur les questions écologistes et d'être sincère dans ses convictions. L'écologie est un thème trop important pour être exclusivement dévolue à un seul parti.

Eléonore de Vulpillières

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