Le Parisien 28 août 2016 : Dans les ministères, on boucle déjà les valises

Publié le par Jean-Luc Touly

Une vraie débandade ! A moins d'un an des élections, nombre de conseillers ministériels ou élyséens s'envolent vers des postes plus sûrs ou le privé.

L'heure de la sortie a sonné dans les ministères, à Matignon et à l'Elysée. Depuis le début de l'été,près d'une cinquantaine de conseillers ont quitté les allées du pouvoir. Normal à quelques mois de la fin d'un mandat présidentiel ? Certes. Sauf que la vague de départs est bien plus précoce que lors de la présidence Sarkozy qui n'avait pris toute son ampleur qu'au premier trimestre 2012.

Augure d'une déroute annoncée aux prochaines présidentielle et législatives ? « Ces gens fournissent un travail colossal et sacrifient leur vie de famille. C'est légitime qu'ils aient envie de saisir les postes intéressants qui se présentent », relativise un conseiller toujours en poste. D'autant plus que les dernières grandes réformes du quinquennat (loi Travail et loi Biodiversité) ayant été promulguées, l'agenda des ministres et de leurs conseillers d'ici à mai prochain est loin d'afficher complet...

Pourtant, « faire du cabinet » n'est plus le sésame qu'il représentait au temps où l'Etat était encore tout-puissant. Le moindre interventionnisme de la puissance publique conjugué aux multiples plans d'économies a réduit les postes au sein de la fonction publique... et avivé la concurrence entre hauts fonctionnaires. Une provision pour les aides au retour à l'emploi de 1,85 M€ a même été constituée dans le budget de l'Elysée. Elle est destinée aux agents contractuels qui ne sont pas assurés d'un reclassement dans la fonction publique. Bien sûr, pour les conseillers à haute responsabilité, la reconversion est plus simple : Thierry Lataste (62 ans), le dircab de l'Elysée, a été nommé haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie. Une très belle fin de carrière ! Jérémie Pellet, conseiller pour le financement de l'économie à Matignon, a rejoint l'Agence française de développement comme directeur général délégué. Beau tremplin pour cet ancien de BNP Paribas de 36 ans...

En revanche, Claire Waysand (47 ans), pourtant première femme à diriger le cabinet d'un ministre des Finances (Michel Sapin), s'est fait souffler la prestigieuse direction du Trésor pour n'avoir pas fait l'ENA et a dû se « contenter » de l'inspection des finances grâce au tour extérieur (nomination politique). Malgré ses années passées comme directeur de cabinet de Stéphane Le Foll au ministère de l'Agriculture, Philippe Mauguin (52 ans) nouveau président de l'Institut national de la recherche agronomique n'a pas reçu le meilleur accueil : sa nomination a provoqué une bronca des ingénieurs agronomes, qui crient au parachutage politique.
Reconversions sous contrôle

Il reste les transferts vers le privé. A tout juste 37 ans, Hugo Richard, ancien chef adjoint de cabinet de Jean-Yves Le Drian à la Défense, est devenu directeur des affaires publiques de la coentreprise Airbus Safran Launchers (aérospatial). Au printemps, Laurence Boone, conseillère à l'Elysée, est partie chez l'assureur Axa tandis que Jean-Jacques Barberis, incarnation pourtant de la jeune garde de Hollande, a rejoint une filiale du Crédit agricole. Mais, depuis 2009, ces reconversions sont sous surveillance. Une commission de déontologie contrôle le pantouflage, notamment le risque qu'un conseiller travaille dans une entreprise dont il avait la responsabilité au sein des cabinets. Un garde-fou imparfait puisque cette commission n'a qu'un rôle consultatif, mais une précaution qui ne facilite pas, pour les conseillers, la « vie d'après ».

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