Mediapart 9 juin 2017 : Le Forum pour la gestion des villes pris dans les scandales financiers

Publié le par Jean-Luc Touly

Censée diffuser les leçons de bonne gouvernance auprès des élus et collectivités territoriales, l’association est placée en redressement judiciaire. Criblée de dettes, elle avait adopté un train de vie faramineux. Des virements suspects vers le Luxembourg pourraient également intéresser la justice.

 

Courage, fuyons ! Depuis le début de l’année 2017, le Forum pour la gestion des villes n’a plus le moindre élu à sa tête. Les deux maires qui co-présidaient l’association ces dernières années ont quitté le navire dès lors qu’il a commencé à prendre l’eau. L’édile socialiste du XIIIe arrondissement de Paris, Jérôme Coumet, hémisphère gauche du forum, a signé sa lettre de démission le 7 novembre, bientôt suivi par son homologue LR Daniel Dugléry, maire de Montluçon et ancien directeur central de la Sécurité publique. 

« Je n’étais pas dans la gestion opérationnelle de la structure », insiste auprès de Mediapart l’ancien policier pour mieux se couvrir. « Nous avions un rôle avant tout symbolique, comparable à celui d’un président d’honneur », confirme Jérôme Coumet, qui dit être tombé des nues en apercevant la réalité financière de l’association. « On aurait dû me dire plus clairement qu’elle était en grande difficulté. On ne l’a pas fait quand on est venu me chercher en 2014 », peste-t-il. Criblé de dettes après avoir adopté un train de vie démesuré et en cessation de paiement depuis le 26 janvier, le Forum a été placé en redressement judiciaire le 30 mars. Un comble pour une structure censée diffuser des leçons de bonne gouvernance auprès des élus et collectivités. 

Fondée en 1983 par les anciens ministres André Santini (UDI) et Alain Richard (PS), l’association dispense notamment des formations agréées par le ministère de l’intérieur pour les élus et cadres de collectivités territoriales. Elle se présente aussi comme une interface entre acteurs publics et privés sur les « grands enjeux territoriaux ». Elle revendique l’adhésion de 440 collectivités de gauche (Paris, Lille, Nantes) comme de droite (Marseille, Versailles, Pau), et de 40 entreprises parmi les plus prestigieuses (Total, Eiffage, Suez, Veolia…).


Seulement voilà. En octobre 2016, un rapport « strictement confidentiel » du cabinet d’audit KPMG a dépeint une situation financière à la fois « très dégradée » et « anormale ». Selon cette expertise consultée par Mediapart, l’association était endettée de plus de 2,3 millions d’euros au 31 août 2016. Dans le détail, ses dettes fournisseurs s’élevaient à cette date à 620 000 euros, les dettes sociales à 791 000 euros et l’endettement fiscal dépassait alors le million d’euros. Abyssal, pour un budget annuel de moins de 2 millions d’euros, majoritairement abondé par les cotisations des entreprises et collectivités territoriales.

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